COREE DU NORD
Le 12 juin 2002
Pammunjon, frontière. Comme je m’y attendais, on ne rigole pas. Fouille intégrale des bagages et fouille corporelle. On vérifie minutieusement mon visa pour la Chine, une des seules entrées possibles aujourd’hui pour la Corée du Nord. Quelques cinquante kilomètres plus loin, j’arrive à Kaesong. Mon guide m’indique que c’est l’ancienne capitale culturelle et politique du royaume de Koryo, aujourd’hui classée patrimoine national par le régime de Pyongyang. La vieille ville montre en effet des exemples de l’architecture traditionnelle coréenne. Epais murs de briques, toits de tuiles légèrement recourbés vers le ciel, devenus plus ou moins grisâtres. Du haut du mont Janam, on a une vue imprenable sur cet enchevêtrement de toits tristes. Les rues sont pratiquement désertes et le silence est saisissant. Les quelques personnes que je croise sont des personnes âgées à vélo qui font semblant de ne pas me remarquer, peut-être pour ne pas me gêner. Kwanumsa, le temple le plus proche. Un jeune moine me fait signe d’enter. Il allume les cierges qui encadrent la statue du Bouddha, silencieusement. Derrière celle-ci s’alignent des étagères qui soutiennent des centaines de petites statues de disciples, toutes différentes. Trois fois, les mains jointes sur la poitrine, le moine s’incline devant l’autel et frappe sur une calebasse évidée appelant à la méditation. Je le remercie et le quitte en inclinant la tête. Il me salue chaleureusement, les touristes sont rares ici.
Je reviens vers la ville nouvelle, vide et silencieuse elle aussi. Les boutiques se succèdent le long de la rue principale. Une apothicairerie traditionnelle, fermée, avec ses rayonnages où sont alignées des boîtes de médicaments toutes identiques, blanche et rouge, et des posters des racines de ginseng, la fierté de la ville, puis une cordonnerie avec un groupe de clients assis sur des chaises, et enfin un salon de photographie, fermé lui aussi. Dans la vitrine poussiéreuse sont disposés coquettement quelques cadres : des portraits de familles heureuses, enfants endimanchés, entortillés de tulle rouge, et parents en costume traditionnel, le choson ot. Mon hôtel est le Kaesong Folklore Hotel qui se trouve au pied du mont Janam, au cœur de la vielle ville. Il est composé de maisons traditionnelles anciennes bâties le long d’un canal bordé de saules. Les chambres, qui donnent sur des courettes, sont chauffées traditionnellement par le sol par hypocauste. Le restaurant propose le pansanggi, une multitude de petits plats multicolores servis dans de la vaisselle de laiton.